On jase : au parc avec DJ OMNI

OMNI a vécu l’effervescence des raves à Montréal. Du plancher de danse à derrière les platines. Celui dont l’étiquette électro cradingue colle à la peau nous compte son parcours, sa vision, ses souvenirs et ses projets. D’un party de Noël au Piknic Electronik, en passant par l’île de la Réunion.

Comment en es-tu venu à faire de la musique ?

J’ai grandi d’une certaine manière dans le monde de la musique faite par ordinateur. Quand j’étais en maternelle, mon père était alors compositeur et il séquençait toute sa musique à l’aide de notre ordinateur de l’époque, un 8086 avec un fabuleux écran monochrome jaune et les énormes disquettes 5″1/4 qu’on pouvait pratiquement plier en deux. J’ai toujours été fasciné par ceci, mais j’étais trop jeune à l’époque pour vraiment participer. J’imagine que cette époque a eu d’une certaine manière une influence sur moi. Le fait d’entendre mon père répéter pendant des heures la même boucle de trente secondes (parce que la composition d’un morceau se traduit généralement par un nombre incalculable de répétitions) a peut-être causé des dommages irréversibles à mon cerveau, me prédisposant ainsi à apprécier la musique Techno.

Ce n’est que plusieurs années plus tard que j’ai vraiment commencé à m’intéresser à la musique plus activement. J’ai commencé à produire de la musique électronique à l’adolescence tout seul devant mon ordinateur avec essentiellement des logiciels piratés. J’étais un gros « gamer » à l’époque et je passais un nombre d’heures ridicule devant mon ordinateur. Expérimenter avec les logiciels de musique était pour moi alors comme une forme de jeu vidéo, sauf que j’ai vite réalisé que, après des heures passées à « jouer » avec ces logiciels, j’avais un nouveau morceau, alors que les heures passées devant un jeu ne produisaient absolument rien. J’ai donc commencé à occuper de plus en plus de mes temps libres avec la production musicale plutôt que les jeux. Ça m’a pris de nombreuses années avant de pourtant produire quelque chose de potable. Il n’y avait pas de tutoriels sur YouTube à l’époque. Il fallait passer beaucoup de temps à expérimenter.

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Parallèlement à ça, étant un grand fan et collectionneur de musique à l’adolescence, ma mère m’a un jour proposé d’être DJ au party de Noël de son travail. Je ne voyais aucune bonne raison de dire non, alors j’ai accepté. Ce fut le début d’une longue épopée, me faisant expérimenter un bon nombre de facettes du DJing, des mariages et événements corpos, en passant par les bars, les lounges et une ligue d’impro avant de finalement abandonner tous ceux-ci le jour où j’ai mis le pied dans une rave et que mon seul et unique but était maintenant d’y jouer de la musique. Peu m’importait si cela voulait dire de refuser des cachets intéressants dans des événements corpos pour mixer presque gratuitement à 10h le matin devant les douze zombies encore sur le dancefloor d’une rave.

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© B.
Tu nous fais un recap de ta carrière musicale ?

Je dirais que ça a débuté pour moi dans les raves au début des années 2000. J’y ai fait mes armes comme DJ et producteur dans un grand nombre d’événements underground. Avec les années, ça m’a finalement ouvert les portes de certains des meilleurs clubs de la métropole comme le Parking, le Aria, le Circus et le Gravity, même si plusieurs d’entre eux n’existent plus aujourd’hui, et de plus gros événements comme le Piknic Electronik, l’Igloofest, le festival Éclipse et Évolution Radar One (jadis). Les soirées Electro-Chic à la Société des Arts Technologiques ont aussi pendant longtemps été ma maison comme DJ et m’ont permis de mieux me faire connaître sur la scène montréalaise. Parallèlement, à partir de 2007, j’ai signé des morceaux sur divers labels en enchaînant les sorties (plus d’une vingtaine depuis), notamment sur Absolut Freak en France ainsi que sur Twisted Frequency et Baroque en Angleterre. J’ai aussi fondé Tasty Bytes Records avec Alice & The Serial Numbers en 2008. Nous avons sorti sur ce label environ 40 EP de nombreux producteurs d’un peu partout dans le monde. J’ai eu la chance dans tout ça de me faire booker quelques fois à l’étranger, dont trois fois à Paris, une fois à Strasbourg et une fois à l’Île de la Réunion.

À mes tout débuts, je jouais du « trance » dans les raves, mais j’ai vite évolué dans les premières années vers le breakbeat puis vers un son electro assez grinçant qui a fait ma marque de commerce pendant longtemps (une étiquette qui m’a d’ailleurs pris des années à défaire). Aujourd’hui, j’essaie d’avoir un son plus varié et de ne pas trop me faire étiqueter. J’approche mes sets plus en terme de l’ambiance recherchée qu’en terme de genre musical, mais c’est clair que j’affectionne particulièrement les sons plus techno de nos jours.

Montréal est un véritable laboratoire pour les musiques électroniques avec des festivals tels que MUTEK, Elektra ou Piknic et Igloofest qui témoignent de sa richesse. Est-ce difficile d’être un artiste de cette scène en terme de visibilité, de dates, de reconnaissance ou justement les opportunités sont-elles nombreuses ?

C’est certain qu’il y a beaucoup de DJs et de producteurs sur la scène montréalaise et qu’il peut être parfois difficile de faire sa place. Je crois qu’il faut cependant voir ceci comme une richesse et plutôt essayer d’utiliser cette dernière pour créer des liens et faire des échanges créatifs. Profitons de cette effervescence pour faire grandir cette scène et pour la diversifier. Les occasions seront toujours limitées si tout le monde fait exactement la même chose. Pour trouver sa place, il faut savoir y apporter sa personnalité et avoir un élément de fraîcheur.

Ta gig montréalaise la plus marquante ?

Cette question est tellement facile, car c’est sans contredit ma prestation au Piknic Electronik en 2011. C’était une de ces journées où tous les ingrédients y étaient: la température était parfaite, je partageais la scène avec mes amis Vincent Gauvin, G’Obrien et Les Limaces et j’avais l’honneur de jouer le set de fermeture au coucher de soleil devant une foule de plus de 4000 personnes gonflées à bloc. J’ai joué un de mes meilleurs sets à vie et la l’énergie sur le site cette journée-là était électrique. C’est clairement le moment le plus intense que j’ai vécu en tant que DJ et certainement un de mes meilleurs souvenirs en tant que personne.

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Ta gig à l’étranger la plus marquante ?

C’est toujours spécial de voyager pour aller jouer de la musique. C’est l’aventure à chaque fois. On ne sait pas trop sur quoi on va tomber (pour le meilleur et pour le pire). En 2014, mon passage au Réunion Electronik Groove à l’Île de la Réunion fut spécial pour moi, d’une part parce que c’était ma première fois à voyager seul, mais aussi car l’endroit était vraiment paradisiaque. Il y a quelque chose de magique à regarder le lever de soleil en lançant des cailloux dans l’océan Indien après avoir passé la nuit à mixer et boire du champagne dans un festival.

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10712823_10152869133054508_6500453431394570641_n© Amori Amori.
C’est quoi ton meilleur versus ton pire souvenir sur scène ?

J’ai déjà parlé de mon meilleur souvenir sur scène. Maintenant le pire: c’était au Bacci sur St-Denis quelque part au début des années 2000. Le gérant de l’endroit avait par erreur booké le même soir une soirée hip-hop et une soirée electro. Son idée de compromis géniale fut de donner finalement la moitié de la soirée à chacune des deux soirées. Les fans de hip-hop s’étant déplacés en bien plus grand nombre, il régnait pendant mon set une ambiance turbo-awkward, avec mes amis présents qui tentaient tant bien que mal d’occuper le dance floor devant le meilleur air de bœuf de « l’autre crowd » qui regardait les bras croisés et qui harcelait le gérant de me faire jouer du hip-hop. Après m’être fait demander au moins douze fois de jouer du hip-hop et m’être fait dire par le gérant qu’il écourterait finalement mon set de 30 minutes afin de faire débuter plus tôt le prochain DJ, j’ai tout simplement arrêté la musique en plein milieu d’un morceau, ramassé mes disques et pris la porte, ma bière à la main.

Qu’est-ce qui pour toi fait un artiste accompli ?

Un artiste accompli est pour moi un artiste qui fait son propre chemin artistiquement sans trop essayer de copier la saveur du mois. Certains nouveaux venus me paraissent alors plus accomplis que d’autres qui ont pourtant beaucoup plus d’expérience.

Quelle est la plus grande difficulté à laquelle tu as du faire face en tant qu’artiste ?

Je crois que le plus difficile pendant de nombreuses années fut de faire le deuil de vivre à 100% de la musique. J’ai cru pendant un certain temps que ceci était à ma portée, mais j’ai réalisé avec les années que, même si ça m’avait été possible, ceci aurait demandé d’énormes sacrifices. Je croyais que les principaux sacrifices de tenter de vivre à 100% de la musique auraient été d’ordre financier, mais je réalise aujourd’hui que les pires auraient probablement plutôt été d’ordre artistique : comment peut-on garder une totale liberté au niveau de la création si celle-ci se doit de nous apporter un certain revenu pour vivre? Pour être « rentable », je sens que j’aurais dû faire trop de compromis et ça aurait peut-être finalement usé ma passion. Le fait de garder la musique comme hobby, comme passion, est pour moi aujourd’hui extrêmement libérateur, car je n’ai aucune contrainte, je peux faire absolument ce que je veux musicalement et accepter seulement de jouer où je veux vraiment le faire sans avoir à aborder ce genre de choix d’un point de vue financier.

Et ta plus grande satisfaction ?

LE moment quand j’écoute en boucle un morceau en chantier et que je pense sincèrement que ça va être de la méga bombe (juste avant le désillusionnement total après l’avoir comparé aux bombes de mes producteurs préférés).

Il y a un moment d’excitation parfois dans la création où on a l’impression de tenir quelque chose d’explosif, mais où ce sentiment est teinté d’une certaine incertitude car on ne sait pas si on sera capable de mener le projet à terme au complet en conservant ce qu’on y a vu de spécial au tout début. Ce moment-là, c’est un peu comme avoir hâte à Noël quand on est petit gars : ça arrive que le cadeau était plus beau dans le catalogue de Distribution au consommateur que dans la vraie vie.

C’est donc parfois plus magique de travailler sur un morceau et d’avoir en quelque sorte hâte de l’avoir fini que de l’écouter au bout du compte quand on l’a fini.

Les artistes qui t’inspirent ?

Laurent Garnier
Ticon
Gesaffelstein

Les 3 tracks que tu écoutes en loop en ce moment ?

Louisahhh – Quake

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Teho & In-Dika – Algebra (Mark Hoffenheim Remix)

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Moderat – Reminder

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Les 3 tracks incontournables qui reviennent souvent dans tes mixes ?

Depuis quelques temps, j’ai probablement un peu abusé de:

Perfect Stranger & Gabi 2B – Necromaniac

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Victor Ruiz & Alex Stein – Generation (Boris Brejcha Remix)

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FM Radio Gods – 1234

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Si tu devais te résumer en tant qu’artiste en un morceau, lequel serait-il ?

Omni – Human (Machine Mix)

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Ça peut paraître facile de prendre un de mes propres morceaux, mais je crois que je pourrais difficilement choisir mieux, car celui-ci est un peu la synthèse de ce qui m’a caractérisé en tant qu’artiste depuis plusieurs années : certains sons plus techno, d’autres plus electro, d’autres empruntés à la prog, le tout avec une voix de vocoder (que j’utilise assez souvent tout de même). Et c’est probablement mon morceau le mieux produit, donc c’est un peu l’aboutissement de l’essai-erreur de tout ce que j’ai fait avant.

Et si tu devais te résumer en tant qu’artiste en un gif  ??

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Parce que ma musique est généralement plutôt robotique et répétitive, mais qu’en même temps, je suis quelqu’un qui ne se prend pas trop au sérieux et qui veut juste avoir du plaisir à faire sa musique.

On te voit où ces prochains mois ? Tes projets ?

Je serai à l’événement Fantasyland de Cirque de Boudoir le 21 mai prochain et je passerai du temps en studio à produire de la nouvelle musique en vue d’une prestation live dans un festival cet été dont je ne peux pas pour l’instant dévoiler le nom.

Où suivre DJ OMNI :

https://www.facebook.com/djomni.net

https://soundcloud.com/omni

En bonus son set Carte Blanche :

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