D’ombre à lumière. Entretien avec Vj Ma »

Tapis dans l’ombre, ils amplifient la vibe festive d’une soirée en offrant du bonheur à vos yeux et font la beauté de vos clichés d’évènements dédiés aux arts électroniques. À Montréal et un peu partout où l’on sait vivre avec son temps, le Vj est l’artiste (caché) dont on ne tolère (pourtant) plus l’absence.

Marion Carassou-Maillan est Vj Ma” depuis 2003. Dès ses débuts elle a cherché à rassembler les communautés autour de l’art du vjing et de sa pratique. Forte de cet amour pour la collaboration et l’échange elle est aujourd’hui programmatrice et/ou coordinatrice du volet visuel de plusieurs festivals montréalais dont Igloofest qui entame son 4e et dernier week-end ce Jeudi.

Image en une : ©itsbarbarella

  • Peux-tu nous résumer ton parcours en grandes lignes ? Comment es-tu devenue Vj ?

 J’ai fait mes études en Arts Plastiques et graphisme. Quand j’étais aux Beaux-Arts, je travaillais dans un groupe nommé “espace scénique”. À l’époque je faisais de l’animation de dessins abstraits, de la peinture et des photogrammes (principe de développement photographique sans prise de vue par camera). J’ai commencé à utiliser des logiciels de vidéo en temps réel pour pouvoir performer mes travaux. C’est plus tard que j’ai rencontré des gens dans la musique électronique qui m’ont dit que ce que je faisais se nommait du vjing. J’ai embarqué avec eux dans leur collectif pour jouer en partys et festivals de musique électronique.

  • Quelle a été ta révélation ? LE truc qui t’as fait réaliser que tu voulais faire ça, créer des images ?

 La musique. Ça a été le point de départ et elle restera le point central de tout mon travail. Je suis une amoureuse de musiques électroniques et ma façon de l’exprimer passait toujours par mes mains. Comme au tout début je travaillais en arts plastiques, c’est rapidement devenu le point de rattachement. Ensuite quand j’ai découvert le monde de la rave et des festivals, je m’y sentais comme un poisson dans l’eau et ce fut clair que je voulais continuer dans ce milieu. En faisant cette pratique j’ai rencontré et joué avec beaucoup d’artistes différents et chaque performance a ses souvenirs, ses plaisirs, ses émotions.

  • Est-ce que ton inspiration aujourd’hui vient de gens qui font du Vjing (ou d’autres arts visuels) ou pas forcément ?

Pas forcément. Comme je te le disais je viens de l’art plastique, j’ai fait de la peinture, du dessin, du graphisme, de la photo, de la sérigraphie, de la couture, de l’architecture, (et peut-être même que j’en oublie). Mon inspiration vient plus de reflexions, de démarches artistiques qui m’ont toujours intéressée, intriguée. Ça me trotte tellement dans la tête qu’à un moment il faut que je le sorte, d’une façon ou d’une autre. Ces dernières années, ce fut beaucoup en images, en mouvement ou pas (je travaille aussi l’image fixe).

  • Tu nous donnes des exemples ? Qui sont tes idoles ? Quelles sont celles qui t’inspirent dans ton travail ?

J’ai travaillé longtemps un univers spatial, imaginaire, organique, minimal, matiéré , inspiré par des artistes de Land Art, des peintres, des architectes, de la géométrie dans la nature, du nombre d’or : Andy Goldsworthy, Frank Lloyd Wright, Franck O. Gehry, Joan Miró, le mouvement Bauhaus, le Futurisme…

Côté vidéo, quand je suis arrivée à Montréal j’ai été flabergastée par le travail de Dominique Skotlz et de Herman Kolgen. C’est venu me chercher profondément et a fait surgir en moi une envie de décortiquer mes réfléxions au plus profond.

Avec le temps et les technologies, l’art numérique s’est petit à petit introduit dans ma liste de choses intrigantes, les performances AV sont devenues de plus en plus définies et tight en termes de relation image/son. On peut difficilement passer à côté du label Raster Norton par exemple. Ensuite il y a eu la programmation informatique et le génératif qui ont fait irruption dans mon monde, je dévorais entre autre le blog Creative Application qui est une large source des créations numériques les plus actuelles.

Aujourd’hui, on dirait que je reviens au début de la loop. Bien sûr j’y intègre tout ce que j’ai ingéré toutes ces années…

  • Tu connais un peu tout de la scène des Vjs à Montréal. Tu y performes, travailles et collabores beaucoup. Explique à des gens comme nous qui n’avons aucune idée de votre réalité artistique comment ça fonctionne… Avez-vous une grande liberté pour créer l’univers onirique des performances que vous êtes invité(e)s à accompagner ou vous donne t-on un cadre, une commande ?

 Haa, on rentre totalement dans le corps même de mon travail et de ce qui m’intéresse le plus ! Pour moi, un VJ est un artiste, visuel oui, mais d’abord un artiste, donc qui a une démarche artistique, des directions artistiques qui l’intéresse, des envies de création qui lui sont propres. Ceci prend beaucoup de temps à mettre sur pied, dans la conception, puis ensuite dans la création. Les Vjs que je book et les festivals avec lesquels je travaille vont dans cette direction. Je propose donc de “matcher” un artiste vidéo avec un artiste audio en fonction de leur travail respectif. Le choix se fait avec un souci de relation image/son soulignée.

Un Vj peut aussi être un opérateur, un technicien, un créateur de contenu random, mais ça m’intéresse moins.

  • Vient-on faire une performance avec un set pas mal prêt déjà en stock ou il y a t-il une place pour la création live et l’improvisation ?

 La plupart du temps on vient avec du matériel déjà un peu préparé mais je te dirais que tout reste tout de même de l’improvisation et de la création en temps réel. On ne connait pas vraiment quel type de tracks le Dj va jouer, quel type d’ambiance il va y avoir sur le site, quel type d’éclairage, comment va rendre la scénographie et comment sera le public. Tout ces paramètres font beaucoup et sont pris en compte lors d’une performance.

  • Parle-nous de ton process, en studio tout comme en live.

 Chez moi, je n’ai pas de process précis, ça dépend plutôt de ce que j’ai envie de créer. J’utiliserais en fonction des logiciels de créations d’image, de génération de forme ou encore de montage, en 2D ou en 3D.

En live, en ce moment mon trip est de monter deux logiciels de vjing l’un dans l’autre. J’utilise Modul 8 pour les matières, son côté plus live est cool pour aller triturer les images dans tous les sens puis ensuite Resolum pour le côté plus 4/4. Il est carré, stable, efficace et réactif pour les changements de tempos.

  • Montréal est gâtée de Vjs de talents. Chacun y a son univers propre, son style. On sent que c’est un art très personnel et que chacun cherche à être identifié par sa propre touche. Justement ce côté intime est-il propice à la collaboration ? Est-ce que les Vjs tout comme les Djs arrivent à travailler ensemble sur des projets communs ?

Ça se fait rarement, peut-être plus pour des raisons techniques, mais se fait tout de meme quelques fois. Le fait de pouvoir controller nos logiciels dans des systèmes comme du midi ou de l’OSC fait que nous pouvons prendre le contrôle à distance de notre matériel. Ainsi, plusieurs artistes peuvent travailler sur le même ordinateur.

Ensuite pour le côté artistique, je te dirais que c’est comme dans toute collaboration. C’est le fun pour mettre en évidence des atomes crochus.

  • Programmatrice à Igloofest, voici ton challenge : nous présenter en quelques mots l’univers des Vjs dont on va pouvoir admirer les oeuvres cette fin de semaine :

TSETSOUILLE – C’est un master en motion design à l’univers recherché et ludique. Jeudi soir il faut s’attendre à quelque chose de très adapté aux performances des Djs, plus dark, dans la trame électro, mais vendredi, durant le set de Green Velvet je pense qu’on retrouvera sa touche plus éclatante et  intense.

12717330_10154554601269196_8092543157784635414_n.jpg

©Lauren Casalta

https://vimeo.com/133182586  http://www.remi-vincent.com/  http://www.facebook.com/Tetsouille

VJ HOMING : Antoine est un vrai pro du rythme. Il travaille le mix et la structure d’images en fonction du son. Le résultat est toujours très énergique.

12508861_10150630053344949_8587280273962631695_n.jpg

©Empay

https://www.youtube.com/watch?time_continue=38&v=FCyaT7kqYJs  http://vjhoming.com/  https://www.facebook.com/vjhomingfanpage/

CRÉATION EX-NIHILO : Nouveau cette année sur l’affiche d’Igloofest, Guillaume a développé tout un univers graphique et coloré dans le dôme de la SAT. Sa particularité est qu’il voyage dedans avec une manette de jeu. À date c’est celui qui a l’approche la plus geek.

13179380_1135457436512858_5316965707633066603_n.jpg

O\\\ : Tout nouveau talent. On parle d’un grand passionné de musique qui danse derrière son ordi durant ses sets. On trouve beaucoup de 3d dans son travail qui laisse encore une grande place à la découverte et aux surprises.

HeadacheWave.jpg

https://vimeo.com/195852020  http://0lll.co/

DIAGRAF : Valeur sûre et « vieux de la vieille » des Vjs d’Igloofest. On parle d’un univers techno, organique, minimal où règne le noir et blanc et les paysages futuristes et scientifiques.

532889_444987765516943_1512690970_n

https://vimeo.com/118672434   https://www.facebook.com/Diagraf

YANNEEK : On retrouve beaucoup de sa musique dans son travail d’images car il est Dj avant d’être Vj même s’il est motion designer. Le minimal, la géométrie et la répétition de formes règnent dans ses véritables mandalas contemporains.

587a4bce19b49

http://yanneek.com/

VINCENT RAINERI : Ancien Fils de Baillat Cardell & Fils, Vincent travaille une géométrie très colorée avec beaucoup de jeux d’optique.

16194939_708003369375317_4937348055433873957_n.jpg

http://www.vincentraineri.com/   https://www.instagram.com/vincent_raineri/

BBBLASTER : Le projet est un duo féminin français. On travaille avec l’une des artistes qui vit à Montréal (Dalkhafine). Sa touche est très particulière et assez hallucinante puisque les 3/4 de ses loops d’inspiration tribale et africaine sont dessinées à la main et ont pour origine son carnet de voyages personnel…

10685412_838161329563601_6529455191717555704_n.jpg

https://vimeo.com/160400126  http://bbblaster.tumblr.com/  https://www.instagram.com/dalkhafine/

PUSH 1 STOP : La deuxième geek du week-end. Elle travaille en génératif dans son logiciel de Vj sur le mélange varié (avec sa propre réactivité mais aussi avec celle du son généré par les Djs) d’images avec un design 3D étonnant. Le tout donne un effet très réactif avec la musique, vraiment dynamique.

img_8759

©itsbarbarella

https://vimeo.com/195684573  http://www.push1stop.com/

  • En tant qu’artiste Vj, ton meilleur souvenir serait ?

La première fois où j’ai joué à Montréal, c’était pour Cinematic Orchestra au Club soda. J’étais tellement nerveuse et ça s’est vraiment bien passé. C’était un moment très important pour moi.

  • Le pire ?

La fois où j’ai joué sur une structure d’acier de 3 étages sans paratonner ni toit et que l’orage nous est tombé dessus. On a tous failli perdre notre matériel ce qui ne semblait pas stresser les organisateurs…

  • La performance dont tu es la plus fière ?

J’en ai pas une en particulier, mais quand j’ai des retours des gens après c’est suffisant pour me dire que c’était une belle gig.

  • Celle que tu rêverais de réaliser si tout était possible ?

Je suis déjà pas mal comblée là dessus. En travaillant avec Igloofest et Mutek, je suis déjà dans la musique que j’aime.

  • Quelle est la chose qu’un Vj aime entendre à propos de son travail ?

Que quelque chose dans ses visuels a vraiment touché. On sent vite la sincérité dans ce genre de propos.

  • Et ce qu’il ne faut jamais lui dire ?

“Tu peux passer ma tune?!!” Même si on est toujours installés en fond de salle on nous pose encore la question…

  • On finit avec notre question fétiche : un .gif qui te représente bien ?

tumblr_o65pfmenPx1six59bo1_500.gif

Les visuels de Ma” seront à nos yeux le vendredi 3 février pendant le set de Softcoresoft.

Suivre Ma” :

http://mavideoz.com

https://www.facebook.com/vjmavj/?ref=hl

https://www.instagram.com/mavideoz/