Technical Kidman. Tout simplement notre band de l’ année.

L’intense trio rock expérimental montréalais Technical Kidman est de retour avec un nouvel album paru le 10 novembre: Bend Everything. Comme on a usé Something Stranger Coming on the Horizon et vu de nombreuses fois le band sur scène, une excitation de groupies nous a vivement affectés quand un premier extrait, Mercedes, a fait son apparition en ligne. Pour contenir notre émoi, ou du moins, pour lui donner une utilité, nous sommes allés poser quelques questions à Mathieu Arsenault, voix du groupe.

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– À quoi ressemble une journée de production pour Technical Kidman? Comment sont écrits vos morceaux?

TK: C’est jamais vraiment pareil. C’est plutôt mystérieux, je sais rarement comment on en arrive à compléter un morceau. Bien qu’il y ait à chaque fois une part conceptuelle, l’écriture reste toujours très intuitive pour nous.

– Vous vous êtes assurés une sérieuse place dans le paysage expérimental montréalais et jouez régulièrement en ville et ailleurs: Votre meilleur souvenir de gig VS le pire?

TK: Des meilleurs gigs, il y en a des tonnes. Une de mes meilleures expériences reste encore les concerts qu’on a donnés pendant l’inondation de Calgary en 2013. Le festival pour lequel nous devions jouer avait été annulé à cause de l’ampleur de la catastrophe. Nous nous sommes retrouvés à jouer dans des maisons de quartiers évacués pour un public en grande partie sinistré. Il y avait une urgence dans l’air, les gens étaient comme transportés par l’énergie du désespoir. Ça peut paraitre très dark, mais il y avait quelque chose de beau dans la volonté du public de garder le moral. Les maisons de la plupart d’entre eux étaient complètement submergées et ils étaient là, à faire la fête avec nous. C’était très touchant.

Parfois, les pires gigs se transforment en meilleurs gigs. Je me suis fait voler un instrument quelques minutes avant de monter sur scène au Divan, une fois. Un instrument essentiel à notre performance. Ça nous a poussé à improviser la moitié du set. Le public savait ce qui s’était passé et nous portait par son énergie. Ça a donné quelque chose d’assez intense.

– J’ai lu que pour votre nouvel album, Bend Everything, vous aviez “découpé les chansons de votre album précédent pour en faire les matériaux de base”… C’est quoi l’idée derrière ça? Vous étiez déjà dans ce genre de démarche artistique pour Something Stranger Coming on the Horizon? Est-ce qu’on doit prendre ce nouvel album comme une suite, ou une relecture du premier? Quel est leur lien conceptuel s’il y en a un?

TK: En fait, on cherchait à poursuivre la démarche entamée sur notre album précédent. Nous y avions construit les morceaux en échantillonnant la publicité télévisuelle chérie de notre enfance. C’était une façon d’exposer un mal insidieux qui s’était inscrit au plus profond de nous. Sur le nouvel album on échantillonne notre album précédent. Symboliquement c’est une façon d’exposer ce mal pour pouvoir l’exorciser, exposer nos faiblesses pour se les ré-approprier. Il y a aussi quelque chose sur la répétition là-dedans, comme un mantra que l’on répète pour en épuiser le sens. C’est un album plus sévère, mais qui a une visée plus optimiste en bout de ligne et qui explore le potentiel de toute choses à la transformation. Ce désir de transformation était déjà présent sur notre album précédent, mais nous le dirigions seulement vers l’extérieur. Cette fois-ci nous le dirigeons vers nous-mêmes.

– Depuis quand fais-tu de la musique? Comment as-tu eue la piqûre?

TK: Je fais de la musique depuis l’adolescence. J’ai eu le virus en regardant mon père jouer de la guitare avec des amis. Je fais de la musique plus sérieusement depuis une dizaine d’années.

– Quels sont les artistes qui t’ont donné le goût de faire de la musique?

TK: Il y en a des tonnes. J’ai vu Radiohead quand j’étais ado et je pense que c’était possiblement l’étincelle. Ça m’avait vraiment impressionné. Sinon je me souviens avoir eu un peu la même expérience quand j’ai acheté le EP de Godspeed quelques années plus tard. Pour l’aspect électronique, c’est certainement Autechre ou Aphex Twin qui m’ont le plus marqué.

– Quels sont tes morceaux cultes ?  

TK: Machine Gun de Portishead et Idiotheque de Radiohead

– 3 artistes/albums/morceaux que tu écoutes beaucoup en ce moment et pourquoi:

Jenny Hval

Ses deux derniers albums sont phénoménaux. Tout est très personnel dans son travail : sa voix, ses textes, ses concepts. J’aime beaucoup comment elle allie l’avant-garde à la chanson de façon super naturelle. Il y a aussi un travail sur la prise de son dans sa musique qui rend la chose très intime et personnelle. Ce côté intime de l’enregistrement est une chose à laquelle je m’intéresse beaucoup ces derniers temps, possiblement à cause d’elle.

 Circuit des Yeux – Reaching for Indigo

Le nouvel album de Circuit des Yeux m’a pris par surprise. Je ne la connaissais pas vraiment avant d’écouter cet album. Un album qui passe d’un univers à l’autre avec grâce et qui n’est jamais incohérent. J’aime beaucoup ce genre d’album qui se sépare difficilement et qui s’apprécie comme une longue pièce.

Oneohtrix Point Never – Garden of Delete

Ça fait assez longtemps que c’est sorti, mais j’y pense encore régulièrement. Je suis fan depuis longtemps de OPN, mais à mon avis il s’est surpassé sur cet album. La multitude d’idées et de couches qu’il réussi à faire cohabiter est colossale. La forme qu’il construit me fait penser à un genre de channel surfing d’informations et c’est une forme que j’ai toujours cherchée.

– 3 projets locaux montréalais que tu supportes:

Suuns

Jerusalem in my Heart

Big | Brave

Il y en a bien sûr plusieurs autres…

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